Avocat médiateur Lyon : Communication Non Violente, colère et médiation

Communication Non Violente, colère et médiation

 

Les ressources insoupçonnées de la colère


La colère est un sentiment bien connu des couples.


Marshall Rosenberg, dans son livre intitulé : « Les ressources insoupçonnées de la colère : approche de la Communication Non Violente », nous invite à la considérer non par comme un frein au dialogue mais au contraire comme un outil tout à fait utile à la restauration d’un dialogue.


Rosenberg va même jusqu’à la considérer comme « un cadeau qui nous donne l’occasion de nous relier à nos besoins insatisfaits »


Notre expérience en qualité de médiateur, nous a confirmé le bien fondé de cette approche.


La Communication Non Violente est désormais pour nous un outil central de gestion des conflits dans l’entreprise, comme il peut l’être de celle des conflits dans un couple


Nous nous proposons de reprendre quelques uns des points développés par Rosenberg dans cet ouvrage consacré à la colère.

 

1. Colère et C.N.V.

 

Pour Rosenberg, il est dangereux de considérer la colère comme mauvais ou à réprimer.
Il s’agit au contraire d’une sonnette d’alarme qui doit nous inviter  à rechercher  nos  besoins insatisfaits à l’origine de notre émotion.
Il est vrai qu’il ne viendrait à l’esprit de personne de briser le témoin du tableau de bord d’une voiture qui vient de s’allumer.


Pourquoi donc alors imaginer réprimer la colère et ne pas s’interroger sur ce dont elle est le signe ?  

 

2. Les 4 étapes de gestion de la colère

 

Rosenberg distingue 4 étapes dans la gestion de la colère :


- Identifier le déclencheur de la colère, sans jugement


- Identifier le jugement qui nous met en colère


- Remplacer ce jugement par le besoin qu’il exprime


- Engager le dialogue avec l’autre une  fois la colère transformée dans un autre sentiment

 

2.1.  Les deux premières étapes de gestion de la colère : identifier le déclencheur et le jugement qui nous mettent en colère

 

2.1.1. Définir le déclencheur sans ajouter ni évaluation ni jugement

 

L’idée essentielle de Rosenberg est que le stimulus de notre colère, le déclencheur, n’est pas la cause de notre colère.


Dit autrement, la cause de notre colère ne vient pas de ce que font les autres, mais de ce qui se passe en nous en réaction à ce qu’ils font.


Le travail est donc d’abord un travail qui soit se faire de soi à soi pour, avant toute action, définir le déclencheur, sans y ajouter ni évaluation ni jugement.


Faisons ici la différence entre ces deux phrases :


- « J’ai fait une demande d’augmentation il y a trois mois et il ne m’ont pas répondu »
- « Ils se moquent de moi, de toutes façons dans cette entreprise, il n’y a aucune considération pour les salariés ».


« La CNV part du principe que la colère nous gagne parce que notre manière de juger ce qui nous arrive nous coupe de la vie, c'est-à-dire que nous sommes déconnectés de nos besoins ou de ceux des personnes qui nous entourent. Au lieu de nous relier à nos besoins nous adoptons un mode de pensée moralisateur vis-à-vis des autres (ils ont mal agi ils sont mauvais) »

 

Evaluation des déclencheurs de la colère


Face à l’absence de réponse de l’employeur, le salarié a le choix entre quatre postures :


- Voir dans l’absence de réponse un signe de rejet et se sentir blessé et non en colère
- Chercher en lui les besoins non satisfaits  et se donner ainsi la chance de pouvoir les satisfaire. En lien avec son besoin il se serait peut être senti effrayé mais non en colère
- Chercher ce que peuvent être les besoins de l’employeur. Lorsque l’on comprend les besoins de l’autre, on n’éprouve pas de colère car on se trouve alors en lien avec le monde de l’autre
- Considérer que l’autre a tort de se comporter comme il le fait, et énumérer les « pensées destructrices qui nous trottent dans la tête  et qui sont à l’origine de notre colère

 

Ne pas confondre déclencheur et cause


Notre éducation a parfois donné une place excessive à la culpabilité.


Il est facile d’utiliser la culpabilité pour manipuler l’autre. Déclencheur et cause sont alors confondus et vous inculquez à l’autre que son comportement est responsable de votre souffrance.


Son comportement n’est donc pas simplement un déclencheur mais bien la cause de vos sentiments.


Si je pense que l’autre est responsable de ce que je ressens, il sera difficile de ne pas vouloir le punir.


Attention donc à l’idée que l’autre est mauvais et serait la cause de notre souffrance.

 

 

 

 2.1.2. Prendre conscience que c’est notre évaluation qui provoque notre colère


Comme vu ci-dessus, la première étape consiste à identifier le déclencheur et s’efforcer de ne pas le confondre avec une évaluation ou un jugement.


La seconde étape consiste à prendre conscience que ce sont nos jugements sur l’autre qui provoquent notre colère, et non ce que l’autre vient de faire ou dire.


Prenons l’exemple d’une réunion entre deux  collègues qui doit commencer à 08h00.


1° cas de figure : vous êtes stressé car  vous avez une autre réunion à 09h00.
Votre collègue arrive à 08h20
Votre colère sera probablement exprimée autour de « ce n’est pas professionnel, vous êtes toujours en retard »


2° cas de figure : vous êtes en train de finir un travail et avez besoin d’un peu de temps pour finaliser le dossier.
Votre réaction sera toute différente et du type « cela tombe bien que tu arrives à 08h20 au lieu de 08h00, j’ai ainsi pu terminer ce dossier qui me tenait à cœur ».


Si la même situation provoque dans un cas de la colère, et dans l’autre cas, un sentiment de satisfaction, la démonstration est bien faite que ce n’est pas le déclencheur, l’autre, qui est à l’origine de ma colère, mais le jugement que je porte sur l’autre.


2.2. La troisième étape : rechercher le besoin insatisfait à l’origine de notre colère


Si je critique l’autre, il y a tout lieu de penser qu’il va se radicaliser, se mettre sur la défensive, et que le dialogue ne pourra s’instaurer.


L’important est donc de rechercher les besoins insatisfaits qui sont à l’origine de notre colère.


Au lieu de se dire : il a tort, j’ai raison ; interrogeons nous sur : quel est le besoin insatisfait qui m’a conduit à éprouver cette colère.


Si je m’enferme dans l’idée que l’autre a tort, je serai dans l’incapacité de trouver mes besoins insatisfaits.


Or dès que je parviens à me relier à mon besoin insatisfait, la colère disparait instantanément.
Les choses paraissent un peu magiques exprimées ainsi. Le mieux pour constater la pertinence de ce mode de communication est de l’expérimenter. Vous constaterez alors que, en abandonnant le jugement sur l’autre, et en vous reliant à vos besoins insatisfaits, votre colère disparaitra immédiatement.

 

2.3. La quatrième étape : engager le dialogue avec l’autre


Une fois la colère transformée en d’autres sentiments il est alors possible d’engager le dialogue avec l’autre.


Dans ce dialogue nous communiquerons 4 informations :


- Indiquer le comportement qui a déclenché la colère
- Exprimer son sentiment (tristesse, douleur, peur, frustration…) La colère s’est en effet à ce moment transformée en un autre sentiment
- Nommer le besoin qui n’est pas satisfait
- Formuler une demande


« Autrement dit, dès que nous sentons monter la colère, nous respirons profondément, nous nous arrêtons, nous nous écoutons, et nous nous posons immédiatement la question : que suis-je en train de me dire qui me rend tellement furieux ? Nous nous relions immédiatement au besoin qui se cache derrière notre jugement et, à cet instant là, nous sentons dans notre corps que la colère a cédé la place à d’autres sentiments »

 

3. Punition et colère

 

Rosenberg suggère deux questions pour dépasser notre désir de punir l’autre :


- Que voulons nous que l’autre fasse différemment ?
- Que voulons nous que l’autre ait comme motivation pour faire ce que nous lui demandons de faire ?

  

 

« Lorsque nous sommes en colère, nous nourrissons des pensées qui impliquent aussi que les autres méritent de souffrir pour ce qu’ils ont fait. Je parle ici des jugements moraux que portons sur les autres : ils ont tort, ils sont irresponsables, ils sont nuls… Tous  ces jugements partent du principe que les autres n’auraient pas dû faire ce qu’ils ont fait et qu’ils méritent une certaine forme de condamnation ou de punition. La punition ne peut jamais vraiment répondre à nos besoins de manière constructive ; je crois que cela devient évident dès lors que nous nous posons deux questions. La première est : que voulons nous que l’autre fasse différemment ? […]Cette seconde question est la suivante : que voulons nous que l’autre ait comme motivation pour faire ce que nous lui demandons de faire ? En nous interrogeant à ce propos, nous constaterons que nous ne voulons jamais que les autres fassent quelque chose par peur de la punition. Nous ne voulons pas que les autres agissent parce qu’il se sentent obligés coupables ou honteux ou encore pour acheter notre amour. Je suis convaincu qu’avec un minimum de conscience, nous constaterons que nous aimons que les autres agissent de leur plein gré, parce qu’ils comprennent clairement que leurs actions donnent du sens à leur vie »

 

4. Tuer les gens c’est trop facile et superficiel

 

Pour Rosenberg, critiquer l’autre, le punir, le faire souffrir n’a aucun effet positif pour gérer notre colère.
Il faut donc trouver autre chose !

 

« A mes yeux, tuer, critiquer, punir ou faire souffrir les autres de quelque manière que ce soit n’est qu’une expression très superficielle de notre colère. Pour en venir à bout, il nous faut quelque chose de bien plus puissant que tuer ou faire souffrir physiquement ou mentalement. Ces moyens sont trop faibles pour exprimer pleinement ce qui se passe en nous.

 

Exonérer l’autre de toute responsabilité


On devient dangereux si on pense que l’autre est responsable de notre colère.


Le risque est en effet de vouloir faire mal à l’autre, voire le supprimer.


Il faut donc sans cesse se rappeler que « les actions des autres ne sont jamais la cause de nos sentiments 


C’est en réalité la manière dont nous interprétons le comportement de l’autre  qui influence nos sentiments.
La colère en particulier résulte des pensées qui me coupent de la vie, de mes besoins.


Il faut donc bannir le « parce que tu… » et toujours partir du « parce que je … »


Ce processus paraît parfois magique, et parfois très lourd à mettre en  œuvre. La colère semble à l’inverse une chose instantanée qui ne permet pas le temps de mise en œuvre du processus.
Pour pallier cette difficulté Rosenberg suggère de prendre le temps et donc de se taire.


Le processus pourrait alors se décliner de la manière suivante :

 

- Je respire et me tais
- Je cherche les pensées qui me mettent en colère (je regarde le spectacle de violence qui se déchaine dans ma tête)
- Je me relie aux besoins insatisfaits qui se cachent derrière ces pensées
- J’exprime ma demande

 

5. Faire comprendre nos besoins et sentiments aux autres

 

Le meilleur moyen de se faire comprendre par quelqu’un est de le comprendre d’abord.


Selon Rosenberg, plus j’ai de l’empathie pour le comportement de l’autre et son déclencheur, plus j’ai des chances d’obtenir de l’autre de la compréhension pour ce que je vis moi-même par rapport à lui.
Quand on se concentre sur les besoins et sentiments de l’autre, il n’y a pas de conflit.
Rosenberg insiste également sur le fait qu’il ne faut en  aucun cas réprimer sa colère mais bien au contraire accepter de voir défiler les pensées qui expriment cette colère.


« Quand je suis en colère, je me cale dans mon fauteuil, et je regarde le spectacle de cette violence qui se déchaîne dans ma tête. J’entends toutes ces paroles très dures que j’aimerais prononcer, je vois toutes ces choses que j’aimerais faire à l’autre, puis j’écoute la souffrance qui se cache derrière. Et quand je contacte cette souffrance, je ressens toujours une forme de détente.


A ce moment là je me sens capable de voir l’autre comme un être humain. Je ne réprime rien, bien au contraire : je donne libre cours à la violence dans ma tête et je la savoure »

 

6. La colère en quelques citations

 

Rosenberg termine son livre avec quelques citations.
Il nous est apparu utile de reproduire ici celles qui nous semblent les plus utiles dans le cadre d’une médiation :


« Ma manière d’aborder une situation a une influence déterminante sur ma capacité à la transformer ou à l’aggraver.
Il n’y a rien qu’une personne puisse faire pour nous mettre en colère.
Les pensées qui sous tendent que les autres ont tort d’agir comme ils le font sont source de violence.
Je ne pense pas que notre colère soit provoquée par nos besoins insatisfaits. Je pense plutôt que notre colère émane des jugements que nous portons sur le comportement des autres.
Je ne dis pas qu’il est mal de juger les autres…mais qu’il faut être conscient que ce sont nos jugements qui sont à l’origine de notre colère
Utilisons les mots je me sens parce que je …pour nous rappeler que nos sentiments ne sont pas provoqués par le comportement des autres, mais par le choix que nous faisons d’écouter nos pensées.
Lorsque je suis relié à mes besoins, j’éprouve des sentiments intenses mais jamais de colère.
Notre objectif est de rester instant après instant reliés à la vie celle qui se passe en nous. Quels sont nos besoins dans l’instant et qu’est ce qui est vivant chez les autres ?
La tristesse est un sentiment qui nous mobilise pour satisfaire nos besoins. La colère est un sentiment qui nous mobiliser pour punir et réprimander les autres.
Si je veux qu’ils entendent mes sentiments et mes besoins, je dois d’abord leur témoigner de l’empathie.
La colère est un sentiment précieux en CNV. C’est un signal d’alarme qui m’avertit que mon mode de pensées m’éloigne presque à coup sûr des solutions qui me permettront de satisfaire mes besoins. Pourquoi ? Parce que mon énergie n’est pas reliée à mes besoins et que je ne suis même pas conscient de mes besoins quand je suis en colère »

 

Jean-Marc BRET  

Avocat - Médiateur Agréé  

04.78.42.42.21. 

Membre de l' Association Nationale des Médiateurs
Agréé par le Centre Interprofessionnel de Médiation et d'Arbitrage
Agréé par la Chambre Nationale des Praticiens de la Médiation
Certifié Médiateur par le Centre de Médiation et d'Arbitrage de Paris et l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris